« Anemone pulsatile, Anemone pulsatilla L. 1753, et nomenclature botanique»

Lors de l’excursion Causse Méjean organisée par Georges Colombel avec un groupe de la Société Botanique de l'Ardèche en avril 2026, nous avons observé des anémones pulsatiles.

Ce sont des renonculacées de pelouses steppiques. Leur groupe (genre ou sous genre) comporte en France de 6 à 12 espèces selon les flores. La couleur des fleurs permet de distinguer deux sous groupes : les anémones "des alpes", de couleur de fleur blanche, rosée ou jaune, et les "pulsatilles" au sens strict, de couleur de fleur violette.

Les pulsatilles des Alpes posent également de leur coté des problèmes nomenclaturaux . On peut hésiter entre le rang d’écotype , ou de taxon bien séparé en particulier pour les populations à fleur jaune sur sol acide et celles à fleur blanche sur sol calcaire. Mais elles comportent aussi des populations propulsées au rang spécifique, dans les Vosges par exemple pour des blanches.

Mais nous n’avons vu lors de ce séjour sur le causse Méjean que le groupe d'espèces "pulsatilles", à fleurs violettes. Elles portent le nom commun de coquelourde. Elles sont vénéneuses. Le nom de pulsatile est peut être lié à une accélération du coeur produite par l’absorption.

Un individu, vu vers l’aérodrome du causse Méjean, a été attribuée à Pulsatilla rubra (Lam.)Delarbre par des observateurs pour des raisons de distributions géographique dans la flore consultée. Les jours suivant, nous en avons vues de nombreuses qui correspondaient toutes à mon avis à Pulsatilla vulgaris Miller. Cette espèce correspond au mot "pulsatile" au sens strict. En français, le mot peut désigner le genre , ou le sous genre, ou encore l'espèce!

Mais mème avec le nom latin, parfois des déterminations  posent le problème des flores et des nomenclatures utilisées. Il m’a semblé intéressant de comparer les découpages des différentes flores et de la base Taxref car cet exemple des "pulsatilles" rejoint des débats de botanistes suite aux évolutions de la systématique des plantes.
Pulsatilla vulgaris cliché Daniel NARDIN
Pulsatille , Causse Méjean,  15 avril 2026, cliché Daniel NARDIN

1) comparaison de cinq flores françaises pour les pulsatilles à fleurs violacées


flore

Bonnier Gaston
"flore complète en couleur" 1911-34 

Fournier Paul-Victor
"4 flores de France", 1946

Bernard Christian
"Flore des Causses", 1996

"Flora mediterranea", 2014

"Flora Gallica", 2014

Espèces citées


Anemone pulsatilla L.

Mais dans son texte,  Bonnier annonce « 5 sous espèces, 4 races -(??)- et 3 variétés »
il cite 4 principales ssp :

    A.halleri All.
    A.rubra Lam.
    A montana Hoppe
    A.pratensis L.

Pulsatilla vulgaris Miller



Pulsatilla halleri Hall.

Pulsatilla montana (Hoppe) Richb.

Pulsatilla pratensis (L.)Miller


Pulsatilla vulgaris
Miller
var. Costeana Aichele &Schwegler


Pulsatilla rubra (Lam.) Delarbre
var. Serotina (Coste) Aichele et schwegler

Anemone pulsatilla L.

var. Costeana

Anemone halleri All.

Anemone rubra Lam.


A.pulsatilla L.
    ssp. pulsatilla
    ssp. Bogehhardiana

A.halleri All. ssp. halleri

A.rubra Lam var.rubra
    var.serotina (H.J.Coste) B.Bock

A.montana Sturm


Selon l'age de la flore globalement, une seule espèce collective est retenue à l'origine, ou on peut passer à 4, 6 voire 7 taxons au maximum dans les flores plus récentes.
Le genre est passé d'Anemone début XXe à Pulsatilla fin XXe pour revenir à Anemone début XXIe.

2) Le référentiel Taxref pour "Pulsatilla"

Une consultation de la base Taxref du museum permet de compter de nombreux synonymes pour 4 taxons validés, plus quelques hybrides. Il faudrait accéder aux descriptions originales pour se faire une idée plus précise de l’ensemble des taxons.

Noms Noms valides
Pulsatilla halleri (All.) Willd., 1809
Anemone glacialis Clairv., 1811
Anemone halleri All., 1773
Anemone pinnatifida Dulac, 1867
Anemone halleri subsp. villosissima (Pritz.) Rosenthal
Anemone pulsatilla subsp. halleri (All.) Bonnier & Layens, 1894
Pulsatilla halleri subsp. halleri (All.) Willd., 1809
Anemone halleri subsp. halleri All., 1773
Pulsatilla halleri (All.) Willd., 1809

                                                                          Taxon correspondant à des populations des Alpes uniquement

Pulsatilla halleri subsp. halleri (All.) Willd., 1809


Pulsatilla pratensis (L.) Mill., 1768
Anemone pratensis L., 1753
Anemone montana Hoppe, 1826
Pulsatilla montana (Hoppe) Rchb., 1832
Pulsatilla pratensis subsp. montana (Hoppe) Nyman, 1878
Anemone pratensis subsp. montana (Hoppe) Hayek, 1924
Anemone pulsatilla subsp. montana (Hoppe) Rouy & Foucaud, 1893
Anemone pratensis var. nigricans sensu P.Fourn., 1936
Pulsatilla pratensis (L.) Mill., 1768

Pulsatilla pratensis subsp. montana (Hoppe) Nyman, 1878

                                                                    Taxon correspondant à des populations de la haute vallée de la Durance seulement.
Pulsatilla rubra (Lam.) Delarbre, 1800
Anemone rubra Lam., 1783
Anemone serotina H.J.Coste, 1892
Pulsatilla propera Jord., 1861
Pulsatilla rubra (Lam.) Jord., 1861
Pulsatilla serotina (H.J. Coste) Magnier, 1893
Anemone pulsatilla proles propera (Jord.) Rouy & Foucaud, 1893
Anemone pratensis subsp. rubra (Lam.) O.Bolòs & Vigo, 1974
Anemone pulsatilla subsp. rubra (Lam.) Rouy & Foucaud, 1893
Pulsatilla rubra subsp. rubra (Lam.) Delarbre, 1800
Pulsatilla rubra subsp. hispanica W.Zimm. ex Aichele & Schwegler, 1957
Pulsatilla vulgaris subsp. rubra (Lam.) J.-M.Tison, 2021
Anemone pratensis var. nana (Aichele & Schwegler) O.Bolòs & Vigo, 1974
Anemone pulsatilla var. hispanica (W.Zimm. ex Aichele & Schwegler) O.Bolòs & Vigo, 1984
Anemone pulsatilla var. montsicciana O.Bolòs & Vigo, 1984
Anemone pulsatilla var. nana (Aichele & Schwegler) O.Bolòs & Vigo, 1984
Anemone pulsatilla var. rubra (Lam.) DC., 1817
Anemone rubra var. rubra Lam., 1783
Anemone rubra var. serotina (H.J. Coste) B. Bock, 2012
Pulsatilla rubra var. rubra (Lam.) Delarbre, 1800
Pulsatilla rubra var. nana Aichele & Schwegler, 1957
Pulsatilla rubra var. serotina (H.J.Coste) Aichele & Schwegler, 1957
Pulsatilla vulgaris var. propera (Jord.) P.Fourn., 1936
Pulsatilla vulgaris var. rubra (Lam.) P.Fourn., 1936
Pulsatilla rubra (Lam.) Delarbre, 1800   P.rubra Coiron cliché Daniel NARDIN
                                                             Pulsatille rouge, Coiron, 17 avril 2026, cliché Daniel NARDIN

                     Les populations du Coiron en Ardèche se distinguent bien morphologiquement par la couleur en particulier
                     des pulsatilles vues sur le causse méjean. Mais à mon avis, on pourrait ne leur donner qu'un rang de sous espèce.

Pulsatilla vulgaris Mill., 1768
Anemone pulsatilla L., 1753
Pulsatilla amoena Jord., 1861
Pulsatilla germanica B?ocki, 1887
Pulsatilla nigella Jord., 1861
Anemone pulsatilla proles amoena (Jord.) Rouy & Foucaud, 1893
Anemone pulsatilla proles nigella (Jord.) Rouy & Foucaud, 1893
Anemone pulsatilla [rang non précisé] praecox Gaudin, 1828
Anemone pulsatilla subsp. pulsatilla L., 1753
Pulsatilla vulgaris subsp. vulgaris Mill., 1768
Anemone pulsatilla var. pulsatilla L., 1753
Pulsatilla vulgaris var. vulgaris Mill., 1768
Pulsatilla vulgaris var. nigella (Jord.) P.Fourn., 1936
Pulsatilla vulgaris Mill., 1768                P.vulgaris cliché Daniel NARDIN
                                                          
Pulsatille , Causse Méjean,  15 avril 2026, cliché Daniel NARDIN
Pulsatilla x bogenhardiana Rchb., 1840
Anemone bogenhardiana (Rchb.) Pritz., 1841
Anemone praecox H.J.Coste, 1892
Pulsatilla praecox (H.J. Coste) Magnier, 1893
Anemone pulsatilla subsp. bogenhardiana (Rchb.) Rouy & Foucaud, 1893
Pulsatilla vulgaris nothosubsp. bogenhardiana (Rchb.) J.-M.Tison, 2021
Pulsatilla vulgaris var. costeana Aichele & Schwegler, 1957
Pulsatilla vulgaris var. touranginiana E.G.Camus, 1887
Pulsatilla x bogenhardiana Rchb., 1840

                  
Ce taxon des Causses serait  un hybride entre P.vulgaris ssp. pulsatilla et P.rubra . Si cette  origine est confirmée, ce serait un argument pour placer P.rubra en sous espèce de P.vulgaris.

Pulsatilla x bolzanensis Murr, 1902
Anemone x bulsanensis (Murr) B. Bock, 2012
Pulsatilla x bulsanensis Murr, 1910
Pulsatilla x bolzanensis Murr, 1902

                                                                            hybride P.montana x P.vernalis
Pulsatilla x emiliana F.O.Wolf ex Beauverd, 1919
Anemone x emiliana F.O. Wolf, 1896
Anemone x emiliana (F.O.Wolf ex Beauverd) B.Bock, 2012
Pulsatilla x emiliana F.O. Wolf ex P. Fourn., 1936
Pulsatilla x emiliana F.O.Wolf ex Beauverd, 1919

                                                                            hybride P.halleri x P.vernalis
Pulsatilla x girodii (Rouy) P.Fourn., 1936
Anemone x alpinoides H. Lév., 1917
Anemone x girodii Rouy, 1899
Pulsatilla x girodii (Rouy) P.Fourn., 1936

                                                                            hybride P.halleri x P.alpina
Pulsatilla x knappii Palez. ex Beauverd, 1919
Anemone x knappii Palez., 1917
Pulsatilla x knappii Palez. ex Beauverd, 1919
                                                                           hybride P.montana x P.alpina
Pulsatilla x wilczekii (F.O.Wolf ex Hegi) P.Fourn., 1936
Anemone x wilczekii F.O. Wolf, 1896
Anemone x wilczekii F.O.Wolf ex Hegi, 1912
Pulsatilla x wilczekii (F.O.Wolf ex Hegi) P.Fourn., 1936

                                                                           hybride P. alpina subsp. apiifolia × P. vernalis.

Certains synonymes prouvent l'importance des noms d'auteurs car on a par exemple P.pratensis auctorum rapportée à A.rubra Lam selon Flora gallica, 
alors que P. pratensis (L.) Mill. est donné comme synonyme de P.pratensis ssp. montana (Hoppe) Nyman
Taxref montre une activité importante de description des botanistes professionnels de la taxonomie. Ils sont motivés par le désir de laisser une trace de leur activité de botaniste. Ils interviennent non seulement pour décrire de nouveaux taxons, mais aussi pour modifier le rang de taxons existants.
Toutefois, dans certains cas, des réaffectations taxonomiques peuvent se justifier par des études moléculaires. Par exemple pour valider des combinaisons qui seront utilisées dans la 2e édition de Flora gallica, J.M.Tison a placé P.rubra Lam. en sous espèce Pulsatilla vulgaris subsp. rubra (Lam.) J.-M.Tison, 2021 parce que les séquences moléculaires étudiées chez P.vulgaris et P.rubra se retrouvent et sont mème présentes chez un cultivar P.vulgaris 'coccinea' à fleurs violet rosé clair, ce qui dévalue le critère chromatique.

3) Que retenir?


A coté du fait bien connu que ces nombreux synonymes justifient le besoin de complèter dans les publications les noms d'espèces par celui des auteurs et mème par la date de publication, je retiens 2 points : le découpage en genres, puis celui en espèces avec la place à donner aux sous espèces.


- Au départ, ces plantes faisaient partie d’un genre particulier Pulsatilla, caractérisé par des bractées florales sessiles et velues. D’autre part, leurs fruits ont des arêtes plumeuses qui facilitent leur dispersion par le vent. Elles ont quitté leur genre pour celui d’Anemone dans les flores récentes.
Mème si cela peut perturber le grand public, je comprend la nécessité d’avoir une taxonomie au plus proche des conceptions évolutives et donc le rapprochement, peut être sur la base d’arguments génétiques, des pulsatiles parmi le genre Anemone. Mais je suggérerais de conserver un sous genre Pulsatila car ces espèces ont des caractéristiques morphologiques bien marquées.

fruits pulsatilles
fruits d'anémones pulsatilles, 24 avril 2026, Collines sous vosgiennes, cliché Daniel NARDIN
- En comparant les différentes flores, on constate que le découpage en espèces n’est pas totalement identique. Il y a comme pour certains genres d’orchidées (mais heureusement à un bien moindre niveau) des découpages avec création d’espèces pour des populations régionales. L’absence de consensus est gênant pour la crédibilité de la botanique dans le grand public.
Je milite dans ces cas, pour la conservation d’espèces collectives comme dans les ouvrages de Bonnier ou Fournier, mais en acceptant les nouveaux taxons avec le rang de sous espèce en cas de populations à aires disjointes, ou de variété s’il s’agit de formes mélangées dans les stations.

4) Quel nom pour le cas particulier des pulsatilles vues?

Pour les pulsatilles du causse méjean, je n’ai vu que des formes de couleur violette à rapporter à  Anemone pulsatilla L. 1753 . Elles sont en effet de port plus bas et plus « en cloche » que celles que j’ai vues dans d’autre régions (colllines sous vosgiennes, pelouses de Haute Saone et du Jura). Cela pourrait correspondre à la ssp bogehardiana (considérée dans taxref comme d’origine hybridogène ! ) que j’avais déterminée sur d’autres causses.

L'auteur local Christian Bernard semble rapporter cette population du causse Méjean à la variété costeana Aichele&Schwegler, synonyme selon flora gallica de P.bogehardiana Rchb. .
Mais l'article de JM.Tison de 2021 pour des combinaisons nouvelles requises pour la 2e édition de Flora gallica donne des indications en allant dans mon sens: il indique que les études moléculaires ne permettent pas de bien séparer P.rubra de P.vulgaris et donc qu'il est préférable de n'en faire que des sous espèces. Donc P.bogenhardiana serait une 3e sous espèce d'origine hybridogène.

Il faudrait retourner dans les Causses pour distinguer les deux taxons signalés par Christian Bernard! et découvrir l'aspect de la variété serotina (à fleur violet foncé!) de P.rubra

Daniel NARDIN
27 avril 2026

bibliographie:
TISON J.M. et al., 2021 – Combinaisons nouvelles requises dans la seconde édition de Flora Gallica – Evaxiana 8, 220 - 225.pdf

Sramkó et al., Molec. Phylogen. Evol. 135, 45-61, 2019     Evolutionary history of the Pasque-flowers (Pulsatilla, Ranunculaceae): Molecular phylogenetics, systematics and rDNA evolution - ScienceDirect